lundi 30 mars 2026

Léon XIV et la guerre

 

Léon XIV et la guerre

Question : Dieu refuse-t-il la guerre ?

Lors de la messe du Dimanche des Rameaux célébrée ce 29 mars place Saint-Pierre, le Pape Léon XIV a dénoncé la guerre. Jésus, dit-il, a « manifesté le doux visage de Dieu, qui refuse toujours la violence, et au lieu de se sauver lui-même, Il s’est laissé clouer à la croix, pour embrasser toutes les croix plantées à toutes les époques et en tous lieux dans l’histoire de l’humanité » […] Il n’a pas pris les armes, Il ne s’est pas défendu, Il n’a mené aucune guerre », choisissant au contraire de se laisser conduire sur le bois de la croix. Pour le Pape Léon XIV, cette attitude révèle le visage même de Dieu : « Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant: “Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas: vos mains sont pleines de sang”» (https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-03/dimanche-rameaux-jesus-roi-de-la-paix-face-violence-du-monde.html).

Sed contra, Objection :

– Saint Augustin : « Que blâme-t-on dans la guerre ? Est-ce que des hommes qui doivent mourir tôt ou tard, meurent pour établir la paix par la victoire ? C’est là le reproche d’un lâche, et non d’un homme religieux : le désir de nuire, l’envie cruelle de se venger, une animosité   implacable et sans pitié, la fureur de la révolte, la passion de dominer, et autres défauts de ce genre, voilà ce que l’on condamne dans la guerre, et avec raison [...] Mais, lorsque Dieu ou quelque autorité légitime le commande, prendre les armes est le fait des bons [...] Juste est l’ordre qui commande alors [...] Jean n’a pas demandé aux soldats de quitter le métier des armes [...] Mais puisque les Manichéens ont coutume de poursuivre Jean de leurs blasphèmes, qu’ils écoutent du moins le Seigneur Jésus-Christ, ordonnant de rendre à César cette même paie dont Jean veut que les soldats se contentent : “Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieuˮ. Car les tributs sont destinés à payer la paie du soldat qui est nécessaire pour la guerre [...] » (Contra Faustum, Livre XXIIe, ch. LXXIV).

– R.-L. Bruckberger : « Si vous voulez être le disciple de Jésus-Christ et qu’on vous frappe sur la joue gauche, tendez aussi la droite ; si on vous vole la tunique, abandonnez aussi le manteau. Le chrétien doit pardonner les injures qui lui sont faites à lui personnellement, il doit même aller très loin dans ce sens, comme Jésus nous en a donné l’exemple sur la croix. Mais jamais, jamais, le Christ n’a fait obligation au chrétien de pardonner les injures faites à un autre, à la patrie, et surtout à Dieu. Le Christ a même jeté la malédiction sur les villes des bords du Lac et sur Jérusalem pour n’avoir pas su reconnaître le Visiteur ni le temps où elles avaient été visitées » (Oui à la peine de mort, Plon, 1986, p. 82)

Solutions :

Je m’en remets au bon sens du lecteur et renvoie aux articles parus dans L’Orient-Le Jour des 9, 11-12 et 16 février et reproduits ici-même sous le titre « Guerre et résistance à l’aune de la Civilisation ». Le surnaturel n’abolit ni ne remplace la nature. Gratia non tollit naturam. Il l’accomplit. Et si le surnaturel est le couronnement du naturel, le naturel, lui, en est le fondement. Il est le bonum essentialissimum, c’est-à-dire « le plus conforme à la nature humaine ». Ecoutons saint Thomas d’Aquin : « Encore que l’être de la grâce soit supérieur à l’être de la nature, il est plus essentiel à l’homme d’exister selon la nature que d’exister selon la grâce » : homini est essentialius esse naturae quam esse gratiae, quamvis esse gratiae sit dignius[1]. Dans une formule lapidaire adressée aux religieuses confiées à ses soins, sainte Thérèse d’Avila s’exprime dans le même sens : « Croyez-moi mes filles, tout ce qui vous écarte de la raison vous écarte Dieu »[2].

Carlos HAGE CHAHINE



[1] Somme théologique, Ia-IIae, qu. 49, a. 3, c.

[2] Citation rapportée par Marcel De Corte dans son opuscule De la Prudence.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire