lundi 23 mars 2026

LES BONNES ET LES MAUVAISES CONSTITUTIONS

LES BONNES ET LES MAUVAISES CONSTITUTIONS

Au début du Livre deuxième de son Ethique à Nicomaque, Aristote fait un rapprochement entre les vertus, notamment les vertus morales par opposition aux vertus intellectuelles, et les arts. « Leur possession, dit-il, suppose un exercice antérieur »[1]. Comme c’est le cas pour les autres arts. « En effet, ajoute-t-il, les choses qu'il faut avoir apprises pour les faire, c'est en les faisant que nous les apprenons : par exemple, c'est en construisant qu'on devient constructeur, et en jouant de la cithare qu'on devient cithariste ; ainsi encore, c'est en pratiquant les actions justes que nous devenons justes, les actions modérées que nous devenons modérés, et les actions courageuses que nous devenons courageux, Cette vérité est encore attestée par ce qui se passe dans les cités, où les législateurs rendent bons les citoyens en leur faisant contracter certaines habitudes ». Peu importe que les citoyens s’y plient par crainte de la sanction ; là n’est pas la question. Soit dit en passant, il n’est question ici que de ces sanctions qui ne répriment que des attitudes extérieures et non point les fautes relevant du for de la conscience interne. Pour Aristote donc, tout bon législateur doit s’attacher à faire contracter aux citoyens de bonnes habitudes – « c'est même là, affirme-t-il le souhait de tout législateur » -, sous peine de mal s’acquitter de sa mission et de manquer son œuvre. A cette seule aune, « c'est en quoi, conclut-il, une bonne constitution se distingue d'une mauvaise. »

Comme on est loin de pareilles conceptions ! Qui aujourd’hui est capable de les entendre ? Quand on pense à la Constitution française qui vient de faire de l’avortement un droit civil, c’est-à-dire une prérogative non seulement licite mais bétonnée par la Constitution ?

 



[1] Je me base sur la traduction de J. Tricot (pp. 88-89), complétée par celle de Jean Voilquin : « Les législateurs, en les habituant, forment les citoyens à la vertu. Et c’est bien là l’intention de tout législateur. Tous ceux qui ne s’y prennent pas ainsi manquent leur but, attendu que c’est par là seulement qu’une cité diffère d’une autre cité, et une bonne cité d’une mauvaise » (pp. 55).


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