Léon XIV en France, ou, la condamnation asymptotique
De la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, pudiquement appelée « droit à l’aide à mourir »
La visite du pape Léon XIV en France est survenue à un moment où les catholiques français en étaient venus à se demander s’il n’était pas arrivé le temps annoncé par Jacques Maritain, où la France ne sera bientôt plus habitable qu’aux héros et aux saints. Elle a apporté au peuple chrétien de cette nation un appui et un accompagnement bienvenus dans son isolement moral et spirituel. Et donné aux catholiques l’occasion de témoigner de leur foi en montrant le vrai visage du christianisme. Jusqu'aux esprits des officiels ont été marqués par la personnalité et le style de ce Pape, ferme et sobre tout à la fois. Son ferme plaidoyer pour la vie menacée sous couvert de « fausse compassion » a montré qu’il n’y a pas d’accommodement possible avec le respect qui lui est dû.
Mais la condamnation de l’euthanasie est restée asymptotique. L’asymptote, selon le dictionnaire, est une droite dont une courbe s’approche de plus en plus, sans jamais l’atteindre. Au figuré, l’admonestation du Pape tend vers la condamnation sans jamais l’atteindre. S’adressant aux malades et aux accompagnateurs : « c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »
Mais la tentation de donner la mort est celle du médecin, de l’infirmier et autre personnel soignant. Par extrapolation, elle s’étend au malade qui la demande. Ce n’est pas celle du législateur qui a dépassé ce stade et déjà donné son accord et délivré le permis de tuer dans les conditions définies par la loi.
Fidèle à la ligne de Jean XXIII, initiée lors de son discours d’ouverture du Concile œcuménique Vatican II Gaudet Mater Ecclesia[1] du 11 octobre 1962, Léon XIV refuse de condamner. Plus d’anathèmes, soit. Mais quand il dit : « Tout ce qui est légal n’est pas nécessairement moral, cela est vrai dans la généralité des cas. Qu’en est-il en l’occurrence, dans la circonstance particulière de la loi sur l’aide à mourir ? Par sa façon de s'exprimer, imprécise et fuyante, le saint Père ouvre le débat là où il est censé le clore.
Carlos HAGE CHAHINE
[1] « Aujourd’hui, l’Épouse du Christ, l’Église, préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité … L’Eglise catholique, en brandissant le flambeau de la vérité religieuse, veut se montrer la mère très aimante de tous, bienveillante, patiente, pleine d’indulgence et de bonté à l’égard de ses fils séparés » (Discours d’ouverture du Concile œcuménique Vatican II Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, nn. 2-3.).
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