lundi 6 avril 2020

Vivre dans un présent perpétuel… Bâtir ce moment verticalement


Thibon et Dom Gérard nous invitent à lutter contre le sentiment d’être à l’étroit dans le présent. Les regrets du passé et les rêves d’avenir ne font que nous détourner de l’attention soigneuse qu’il faut porter à chaque chose. D’autant qu’on ne peut rien changer au passé et que l’ambition qui habite nos rêves d’avenir, ne fait qu’ameuter le sens de la démesure qui sommeille en nous, avec tous les dangers que cela comporte pour la santé mentale des grenouilles humaines.


Vivre dans un présent perpétuel… Bâtir ce moment verticalement

Vivre notre aujourd’hui avec Dom Gérard et Gustave Thibon

« Pourquoi les saints peuvent-ils sans s'épuiser travailler et souffrir mille fois plus que nous ? C'est parce qu'ils vivent dans un présent perpétuel, parce qu'ils incarnent le mot du Christ : à chaque jour suffit sa peine. Ce qui nous épuise, c'est que notre présent est rongé sans cesse de regrets, d'appréhensions et de craintes imaginaires. Comment nos possibilités d'action immédiate ne seraient-elles pas très limitées, dévorés que nous sommes par ce qui n'est plus et par ce qui ne sera jamais ? Le saint élimine de sa vie le parasitisme du passé et de l'avenir : aussi chaque instant est-il gonflé pour lui de plénitude et de vigueur éternelles. » (Gustave Thibon, L’Echelle de Jacob) 


« Il faudrait s’arrêter un peu, pour voir, pour écouter. Et pour se souvenir. Même chez les hommes d’étude, il y a beaucoup d’activisme : on passe d’une chose à l’autre sans que l’esprit en soit illuminé ; d’où parfois une sensation de vide et d’angoisse. Les psychologues eux-mêmes sont d’accord avec nous. Ils ont découvert une nouvelle méthode pour guérir l’angoisse, c’est l’horathérapie. On conseille au malade de chasser les obsessions en s’attachant au présent, à la chose à faire hic et nunc [ici et maintenant], en donnant tout son temps et toute son attention à la minute qui passe, à la personne qui est en face de soi, à l’objet le plus proche, à l’action requise sur le moment. Calmement. Respectueusement. Cette phrase que je lis, ce mot que je prononce, ce visage qui m’interroge, tout cela à chaque instant contient une grâce de choix. “Il y a trop d’éternité dans chaque moment qui passe pour en faire bon marché” disait Madame Swetchine. D’autre part, cet humble moment a sa noblesse : on ne sabote pas le travail. “Il fallait que ce bâton de chaise fût bien fait” (Péguy). Et l’on rencontre alors une grande règle de vie spirituelle : consentir au moment présent en lui donnant toute sa place écarte le regret stérile des misères du passé et l’illusion dangereuse des lendemains qui rêvent… On doit le [ce moment] bâtir verticalement, en relation avec l’éternité dont il nous ouvre les portes parce qu’il nous unit à la volonté de Dieu qui l’a voulu tel, et par là nous le rend aimable. » (Dom Gérard Calvet, extrait des « Amis du monastère » du 21 mai 2000)





lundi 23 mars 2020

Dialogue entre un croyant et un athée

Dialogue entre un croyant et un athée
En la présence du calife Haroun al-Rachid

Le 21 mars 2020 Arte diffusait une émission intitulée « la Fabuleuse histoire de l’évolution ». Cette occasion me remit en mémoire une controverse ayant opposé, dit-on, Abou Hanifa, célèbre docteur de l’islam, à un athée. Mettant à profit la claustration forcée à laquelle nous condamne le covid-19, j’en fis, en prenant quelques libertés, la traduction suivante, à partir d’un texte édité par Joseph Zeitoun et que j’ai trouvé sur son site : josephzeitoun.com

On raconte qu’un athée, s’étant présenté devant Haroun al Rachid, lui dit : « Ô Commandeur des croyants, les savants de ce temps, tels que Abou Hanifah et consorts, sont unanimes pour dire qu’un Créateur est à l’origine du monde. Mandez le plus savant d’entre eux afin qu’au terme d’une controverse en votre présence, je le persuade de l’inanité de leur thèse. »

Sur ce, Haroun al Rachid députa un émissaire auprès de Abou Hanifa, qui était l’un des savants les plus illustres de son temps, et lui fit dire : « Abou Hanifa, Nous avons reçu la visite d’un athée qui nie l’objet de notre Foi : l’existence d’un Créateur et d’un acte de Création. Et ce mécréant vous engage à en débattre avec lui. »

Ayant tout uniment accepté l’offre, Abou Hanifa arrive en retard au rendez-vous fixé. Néanmoins Haroun al Rachid l’accueille et le fait asseoir au milieu de la salle des audiences, entouré des hauts barons et des dignitaires de la Cour.

- L’athée : « Abou Hanifa, as-tu quelqu’excuse à nous donner à ton retard ? »

- Abou Hanifa : « J’ai été surpris par une circonstance totalement imprévue. Comme je m’apprêtais à traverser le Tigre, j’aperçus un vieux navire complètement désassemblé. A l’instant même où mon regard se fut posé dessus, les planches disjointes se mirent en branle et s’assemblèrent à nouveau formant, sans l’aide d’un menuisier ni d’aucun ouvrier, un navire tout neuf et propre à la navigation. Là-dessus, j’embarquai et me voici parmi vous. Voilà la raison de mon retard. »

Ce qu’entendant l’athée est parti dans un fou rire et, se tournant vers l’assemblée : « Ecoutez, nobles gens, fit-il, les propos de celui que l’on tient pour l’un des savants les plus considérables de son temps. Avez-vous jamais entendu propos plus inconsistants et plus vains ? Comment, diable, un navire disloqué peut-il se reconstituer et ses parties se réajuster, sans l’aide d’un menuisier ? N’est-ce pas là une fable entièrement controuvée ?

« Mécréant insensé et impie, repartit Abou Hanifa, telle est ton incohérence que tu dénies à un navire démantelé et hors d’usage ce que tu accordes à un univers constellé de merveilles confondantes pour la raison, puisqu’il est impossible à l’un de se remettre spontanément en état tandis qu’il est loisible à l’autre d’exister per se et sans Créateur. »


Sur le champ, le calife abbasside donna l’ordre qu’on tranchât le cou à l’athée, convaincu de crime contre Dieu.